Institution Notre Dame

Etablissement catholique d’enseignement ouvert à tous

Mondes flottants

Dans le cadre des cours de Français et d'Arts Plastiques, une sortie scolaire a eu lieu le mardi 14 novembre à la 14ème biennale d'art contemporain. La classe de terminale L, les lycéens de l'option facultative Arts Plastiques en seconde, première et terminale ainsi que les secondes de l'enseignement d'exploration Création et Activités artistiques ont pu bénéficier de cette sortie entièrement gratuite car, elle a fait l'objet d'un dossier déposé et présenté à la région Auvergne Rhône-Alpes, le PASS Région leur permettant de s'acquitter des droits de visite (le crédit consacré à la culture étant illimité).

Cette année, la biennale était organisée par la commissaire d'exposition française Emma LAVIGNE conservatrice et directrice du Centre Pompidou-Metz. Le parcours qu'elle a construit s'est déployé en référence à l’ukiyo-e, les « images du monde flottant » : c'est ainsi qu’au Japon on désigne les estampes produites durant l’époque d’Edo, qui mettaient en avant l’instabilité de toutes choses. Elle en a tiré une exposition remarquablement poétique car, la liste des artistes montre un ensemble d’œuvres qui résonnent les unes avec les autres dans les différents lieux que nous avons pu investir :  la Sucrière et le MAC (Musée d'Art Contemporain).

Accepter de se laisser guider par des médiateurs - déambuler pour avoir une vue d'ensemble – être curieux et ne pas savoir à quoi s'attendre - se laisser aller : la biennale a bien pour thème les mondes flottants ? C'est à dire tout ce qui est de l'ordre de la légèreté, du liquide, de l'éphémère au transitoire, du mobile, des flux et des reflux, des formes suspendues dans l'espace ou des vibrations sonores bref, un véritable antidote à l’instabilité du temps présent. Voilà, ce qui nous a permis de rêver, d'explorer et de naviguer car, tous ces artistes invités nous proposent leur vision sensible du monde et nous offre un panorama attrayant, étonnant et surprenant mais, quel enchantement !

  • White white flow de Hans HAACKE est une grande vague en suspension, un tapis volatil  qui ondule de manière permanente grâce à quatre ventilateurs qui font bouger l’air et soulèvent un grand voile blanc de soie à quelques centimètres au-dessus du sol. La surface irisée de la soie est ainsi toujours en mouvement telle une étendue d'eau agitée par des remous.  
  • Une machine à bulles de savon, Cloud canyons de David MEDALLA, propose une sculpture de mousse qui se trémousse et change sans cesse. C'est une sculpture dont la capacité est d'être automorphique. Sa matérialité débordante devient envahissante et incontrôlable, mobile et évolutive. La mousse gonffle, s'accroît et se répand de façon incontrôlable sorte de prolifération instable.
  • Avec Sonic Fountain II, Doug AITKEN parvient à rendre visible le son grâce à une partition  provoquée par le son des gouttes d’eau tombant du plafond sur une surface d’eau laiteuse dans un bassin circulaire : magie assurée et spectateur hypnotisé par l'atmosphère qui règne car, le son est diffusé en direct dans l'espace du silo qui résonne. L'œuvre happe complètement le spectateur.
  • Susanna FRITSCHER avec l’installation Flügel, Klinen imagine une chorégraphie mécanique et sonore à partir du mouvement d’hélices d’hélicoptères, hélices tournant  comme un lustre fou  et créant des sons qui se dessinent avec le vent dans un tournoiement proche du vertige.
  • Tomas Saraceno et sonHyperweb of the Present convoque une toile tissée par une araignée sous un projecteur qui l’éclaire dans le noir. Les vibrations de l'araignée vivante sont enregistrées et amplifiées pour créer une bande sonore.
  • Welcome to caveland de Philippe QUESNE correspond à une architecture en plastique maintenue gonflée grâce à un ventilateur. Dès que le spectateur y pénètre, il peut voir son ombre projetée sur la paroi sans doute un clin d'œil au mythe de la caverne de PLATON. Quand le ventilateur s'arrête, la structure se dégonfle et s'affaisse : du coup, on a l'impression qu'elle respire et on peut s'imaginer à l'intérieur de la cage thoracique d'une créature vivante comme une baleine.
  • Hector ZAMORA avec Synclastic/ Anticlastic suspend en plein vol des oiseaux réalisés en béton armé et alignés les uns derrière les autres. Il parvient à évoquer la légèreté en utilisant un matériau lourd et pesant.
  • Le sous-marin de Damián ORTEGA questionne l'éternelle fuite du temps. Il est fabriqué avec des sacs alimentaires remplis de sel et suspendus au plafond. Un petit trou dans la partie inférieure de la sculpture permet au sel de s'échapper et de s'accumuler lentement tout au long de la biennale.
  • L'œuvre Over the rainbow de Hao JINFANG et Wang LING JIE enchante littéralement l'espace où elle est présentée grâce à l'apparition fugace d'un arc-en-ciel provoqué par la réflexion des rayons de lumière sur une surface irrisée constituée de millions de cristaux. Visible seulement depuis certains points de vue, l'apparition délicate se déplace selon la marche du spectateur. C'est une expérience à vivre qui questionne les limites de notre perception.
  • Enfin, Ernesto NETO avec son œuvre monumentale Two columns for one bubble light étend ses excroissances en forme de grosses gouttes lestées par du sable vers le sol et vers le plafond. Otez vos souliers et pénétrez dans un cocon en chaussettes, posez la plante des pieds sur un sol matelassé. Eprouvez l’apesanteur : ça y est, vous flottez presque en foulant un nuage. A l’intérieur de ce refuge souple en matière extensible comme des collants - du polyamide - on éprouve soudain la possibilité des mondesflottants.

Quelques réflexions des lycéens :

Clara et Amy (série L) : la question des mondes flottants renvoie à la délicatesse, la pureté et la fragilité souvent associée à la féminité. Notons le fait que cette biennale est le fruit d'Emma LAVIGNE. Le son est un élément assez présent car, selon elle, ce matériau donne un regard différent sur les œuvres.

Lou-Anne, Andréas et Lucas (série S) : nous avons préféré la Sucrière au MAC parce qu'elle représentait davantage l'esprit des mondes flottants. On a beaucoup aimé cette sortie.

Pauline, Laurine, Manon, Kathleen (série ES) : les visites guidées étaient très enrichissantes avec une diversité d'œuvres. Il y a eu une œuvre interactive et participative dans laquelle le spectateur était acteur. Il y a aussi eu une œuvre qui nous a dérouté : cette œuvre utilisait comme matériau des billets de banque démonétisés. Cela a créé un véritable débat entre nous : certains ont pensé au gaspillage et se sont questionnés sur la valeur de l'argent, d'autres ont été intéressé par l'esthétique plastique de ce travail. Nous avons trouvé la démarche de l'artiste plutôt pertinente. La journée fut particulièrement fructueuse et nous avons passé un très bon moment tous ensemble.

En tout cas et pour tous, une sortie scolaire de qualité destinée évidemment à se poser des questions  et s'interroger :

  • Comment puiser dans le réel pour proposer une représentation imaginaire du monde ?
  • Peut-on faire vivre un voyage visuel au spectateur en l'immergeant dans l'œuvre ?
  • Comment créer des œuvres immersives, instables et mouvantes ?
  • En quoi la présentation de l'œuvre fait-elle vivre une expérience au regardeur ?
  • Comment se jouer de sa perception ? Faut-il lui faire perdre tout repère et le désorienter ?
  • Peut-on traverser une œuvre sans nécessairement y entrer physiquement ?
  • Comment les artistes parviennent-ils à faire ressentir un envahissement optique, auditif et sensoriel ?

Pascaline FARESSE, professeur d'Arts Plastiques

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