Institution Notre Dame

Etablissement catholique d’enseignement ouvert à tous

Musiques vivantes

Ce vendredi 15 février à midi, quelle mouche avait piqué ces élèves de cinquième et quatrième d’engloutir leur dessert de midi et de foncer vers la salle de musique ? La réponse est simple : la joie de faire partager à un public de professeurs et d’élèves des chants longuement étudiés en classe.

Le projet a démarré en octobre avec Agathe, Charlotte, Juliette et Nina qui acceptèrent de travailler ensemble un arrangement de « La Chasse aux Papillons », la chanson bien connue de Georges Brassens. Cet arrangement était  destiné à leurs instruments : le violon, le violoncelle et le piano (joué à « quatre mains »). Réaliser un tel arrangement était un défi de taille pour des élèves du collège (même si deux d’entre elles étudient au conservatoire). Il fallait travailler sa propre partition, la jouer en petite formation instrumentale, et enfin répéter avec  le reste de la classe. Ces élèves le firent toujours avec enthousiasme, application  et bonne humeur. La récompense à tant d’efforts fut l’audition de ce vendredi 15 février dernier, en salle de musique. Après l’interprétation de la chanson, Agathe, étudiante en classe de violoncelle au Conservatoire, prit même le temps de présenter au public  son instrument.

L’autre pièce interprétée par les élèves de quatrième fut « Balm in Gilead », un « spiritual » assez peu connu mais d’une grande beauté. Axelle, élève de quatrième,  nous en fit la présentation : l’intention du compositeur était  d’en faire un chant de consolation et de réconfort pour tous ceux  qui traversent une période  de découragement.  D’où cette mélodie tout à la fois généreuse et profonde, bien mise en valeur par l’accompagnement. Les paroles  évoquent  un  « baume » réparateur venant d’une mystérieuse région montagneuse, la région de Galaad.  Chacun, selon ses convictions, peut y trouver une signification. Les élèves, au dire de plusieurs auditeurs,  surent interpréter cette mélodie avec conviction et intensité. 

Les élèves de cinquième interprétèrent aussi un « spiritual », Swing low, sweet chariot. L’histoire peu commune de ce « spiritual », méritait d’être racontée par Bayan, élève de cinquième. Il fut composé vers le milieu du dix-neuvième siècle par Wallace Willis, un esclave indien choctaw converti au christianisme qui vivait dans le Sud-Est des Etats-Unis. Pour composer les paroles, cet Indien s’inspira du Mississipi qui lui rappelait le Jourdain et de la vie du prophète Elie qui, selon la Bible, aurait rejoint le paradis dans un chariot. Un pasteur, le Révérend  Alexander Reid, l’entendit  et le retranscrivit. Il finit par l’envoyer à un groupe de chanteurs noirs-américains, les Fisk Jubilee Singers. Le chant deviendra alors célèbre et beaucoup d’artistes le reprendront. Il  sera même chanté lors d’un match de rugby entre  l’Angleterre et  l’Irlande lors de la saison 1987-1988 au stade de Twickenham. Depuis, les spectateurs anglais entonnent ce chant dès que leur équipe prend le dessus dans un match.

Il restait encore aux élèves de cinquième de faire revivre un personnage bien sympathique, le petit joueur de flûteau de Georges Brassens … Feryel, une élève de cinquième, nous le présenta : c’est un bon musicien, mais il ne se prend pas trop au sérieux. Et, surtout, il est loyal et fidèle en amitié. Quand le roi veut l’anoblir, il refuse tout net. Il veut rester  fidèle à ses amis,  il a peur de les trahir. Finalement, nous dit-elle, c’est un peu l’histoire de Georges Brassens. Il avait été sollicité pour un fauteuil à l’Académie Française mais il avait décliné l’invitation. Le Petit Joueur de Flûteau est une version poétique et humoristique de ce refus.

De l’humour, les paroles de la chanson « Il est bel et bon » de Pierre Passereau, interprétée par la chorale du lycée, n’en manquent pas… le compositeur met en scène des épouses multipliant les compliments sur leurs maris : « Il est bel et bon, commère, mon mary, il fait le ménage, il donne aux poulailles, et je prends mes plaisirs. » Ce qui ne les empêchent pas de s’interroger ironiquement sur d’autres aspects de leur vie de couple   : « Quand les poulailles crient, quand les poulailles crient : petite coquette, petite coquette, petite coquette, petite coquette… qu’esse cy » ? Ce passage est particulièrement savoureux pour les choristes (et, espérons-le, pour le public), car ils doivent le chanter dans une sorte de « caquètement » polyphonique à quatre voix volontairement drôle. En présentant cette chanson française de la Renaissance, Karine Portoukalian n’a pas manqué d’évoquer le festival de chorales scolaires de Montecatini.  C’est en effet au cours de ce festival qu’élèves et professeurs avions découvert ce petit bijou musical. Le souvenir de son apprentissage –mené de main de « maître » par une chef de chœur slovène- reste vivace et entretient chez plusieurs l’espoir d’y retourner…

M. COILLET-MATILLON, professeur d'Education musicale

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