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Beaux-Arts

Sortie au Musée des Beaux-Arts à VALENCE
Exposition Philippe FAVIER intitulée "All over"

Né en 1957 à Saint-Étienne, Philippe FAVIER vit et travaille entre Paris, Nice et le Vercors dans la Drôme. Cela tombait donc sous le sens qu'il intervienne légitimement à Valence. Pour le musée, il a conçu une exposition intitulée "All over" (de partout) dans les 45 salles sur une surface totale de 4000 m².

Les lycéens de la spécialité Arts Plastiques et ceux de l'enseignement optionnel ont pu s'y rendre et découvrir comment il était parvenu à créer un dialogue entre l'histoire des collections et son regard d'artiste contemporain. Autrement dit, en quoi Philippe FAVIER mélange-t-il les notions d'ancien et de nouveau, de traditionnel et de moderne, de passé et de présent ? Dans quelles mesures sont-elles mises en jeu et comment s'y prend-t-il ?

Tout commence avec des matériaux trouvés qu'il collecte la plupart du temps aux puces : gravures anciennes, photographies, manuscrits divers, plans architecturaux, cartes géographiques … Ces objets débusqués sont inspirants et tiennent une place majeure dans sa démarche puisqu'il les détourne en de savants collages (Osso bucco) ou tableaux à haut-relief recouverts d'un noir mat (Bad reliefs).

Mais, la vedette revient au squelette et à la tête de mort. C'est un motif récurrent dans son œuvre. Il réinterprète à sa manière les danses macabres du moyen-âge et les vanités chères au baroque. Ses crânes et squelettes sont néanmoins bien moins inquiétants que leurs grands frères. Ils font sourire et ce sourire est déjà à proprement parler une revanche sur la mort. Véritables memento mori qui suscitent un carpe diem quasi épicurien, ils sont loin d'inspirer la mélancolie et encore moins du désespoir, c'est en fait un formidable message de vie que FAVIER sème à tout vent. Vanités intemporelles dont l'allégresse atténue tout rapport au tragique, saynètes dans lesquelles les squelettes sont "vivants" voire même espiègles. Ses vanités participent d'une distanciation nécessaire d'un objet d'angoisse pour l'artiste, qui lors d'un voyage scolaire à l'église de Saint-Bonnet-le-Château, fut profondément marqué par la vision terrible de corps cadavériques dans la crypte de la chapelle. Il avait alors seulement 10 ans.

Revisitées et mises en scène de façon mutine et fantasmagorique, la mort prend ainsi un tout autre aspect : elle s'encanaille de manière inoffensive, drôle et amusante. L'artiste facétieux brille par son esprit pétillant et son humour : il s'en amuse et en abuse et c'est un jeu/je entre elle et lui que l'on retrouve dans sa dernière trouvaille qui sont ses Boîtes dans lesquelles il invente des micro-mondes étranges et merveilleux.

C'est sans doute là que les lycéens n'ont pas été déçus. Car, ils ont pu constater les choix effectués par Philippe FAVIER. Avec une virtuosité technique éblouissante, celui-ci privilégie les petits formats et une échelle miniature, pied de nez aux œuvres monumentales qui caractérisent notre époque. De cette façon, il crée un univers qui emprunte aux miniatures. Amoureux du détail, il travaille en orfèvre et retrouve la patience des enlumineurs qui ornaient leurs parchemins. Le grand se fait alors petit, le monumental rétrécit obligeant le spectateur à un examen attentif et le contraignant à passer du temps devant ses micro-œuvres truffées de détails minutieux. À cette question du petit, l'artiste répond : "je peins petit parce que ce que je cherche est loin."

FAVIER apparaît aussi comme un infatigable expérimentateur. Il n'a de cesse d'explorer des techniques et des voies nouvelles comme ses dessins au stylo bille réalisés avec du papier carbone ce qui revient à travailler à l'envers, au verso, derrière donc, à l'invisible, ou encore, ses peintures fixées sous verre présentées dans de vieilles boîtes de conserve et dont la luminosité, la finesse et la force sont vraiment étonnantes.

Ce que les élèves retiendront de l'univers plastique de FAVIER, duquel les thèmes sont aussi variés que les supports plastiques, est principalement le principe de récupération ce qu'il appelle l'héritage-fourmi de sa mère. Dans tous les cas, il leur a offert un éventail d'expériences souvent originales.

Pascaline FARESSE - Professeur d'Arts Plastiques


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