Institution Notre Dame

Etablissement catholique d’enseignement ouvert à tous

Musiques vivantes

Vendredi vingt décembre. Dans quelques heures, les vacances de Noël vont débuter. Est-ce la raison pour laquelle les abords de la salle de musique sont si animés ? Des élèves et des professeurs discutent ensemble, des musiciens arrivent avec leurs instruments. A l’intérieur de la salle les bureaux ont été déplacés et empilés sous le tableau, les chaises disposées en demi-cercle. Le piano attend patiemment, débarrassé de sa housse habituelle…

Plusieurs fois par an –avant les vacances de Noël, mais pas seulement- des élèves, des étudiants et des professeurs se donnent ainsi rendez-vous dans la salle de musique pour faire entendre et partager de la musique. Une prise de conscience est à l’origine de cette initiative : les élèves du collège font rarement entendre les chants qu’ils travaillent en classe et ils ont très peu l’occasion d’écouter de la musique jouée sur de véritables instruments. Il fallait donc inventer un projet qui réponde à ces deux nécessités.

Quelques mots d’introduction, justement, sur les objectifs de la rencontre musicale et l’audition pourra commencer. Julide, élève de sixième six, s’avance devant son public et lui présente le célèbre Noël des Bergers : « Guillot et Robin sont deux bergers, raconte-t-elle, et un soir les villageois leur demandent de prendre leur tambourin et leur flûte pour venir chanter avec eux. La bergère prend son fuseau, les paysans prennent leur manteau  … tout le monde accourt sur le coteau et fredonne un air nouveau. Même les troupeaux, les vaches, les chèvres et les moutons se mettent à danser. Noël est arrivé, c’est une grande et merveilleuse nouvelle ! ». L’enthousiasme des élèves est communicatif et chacun se sent un peu plus réconcilié avec lui-même, avec les autres et avec la nature.

Agathe, elle aussi élève de sixième six, nous raconte l’histoire du Grand Chêne de Georges Brassens : « Un grand chêne vivait en dehors des chemins forestiers, sans avoir jamais vu l'ombre d'un bûcheron. Malheureusement les  roseaux disent du mal de lui. Il s’enfuit et fait connaissance de deux amoureux qui lui demandent de graver leur nom sur son tronc. Il accepte et part avec eux pour se laisser planter au pied de leur chaumière.  Malheureusement le couple ne prend pas soin de lui et finit par le couper en quatre pour en faire un lit. Il vieillit prématurément et finit sa vie dans la cheminée. » Mais, comme le dit Agathe, il y a peut-être des chênes au paradis ? Décidément Georges Brassens a conquis le cœur de ces élèves par sa bonne humeur et son sens de la poésie.

Il est important de souligner que des professeurs ont aussi contribué à ce moment de « musiques vivantes ». En particulier Edwige Flour, professeur d’anglais, qui nous avait préparé une pièce de mandoline : Alsacienne de Francis Thomé, pianiste et compositeur né à Port-Louis de l’Ile Maurice. La pièce se joue sur un mouvement de valse lente et la mélodie se teinte parfois de mélancolie. L’interprétation tout à la fois délicate  et expressive fut très appréciée du public.  

Lully, jeune violoniste d’une classe de cinquième, aurait pu faire sienne la célèbre réplique du Cid de Corneille : « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ».  Maniant son archet comme Rodrigue l’aurait fait de son épée, elle joua magnifiquement  Window to the past du compositeur John Williams. Le piano commence par installer un climat de douceur et de rêverie.  Puis le violon déploie une longue mélopée, semble s’arrêter un instant puis rebondit sous l’impulsion de l’accompagnement plus dramatique et plus pressant. Enfin les deux instruments concluent  paisiblement, le piano soutenant les dernières notes du violon par des accords arpégés. La belle interprétation de Lully fut récompensée par les applaudissements nourris du public.

Tout le monde attendait la chorale du lycée de pied ferme. Une chorale composée d’élèves et de professeurs, ce n’est pas si fréquent ! Trois pièces vocales avaient été préparées par le petit ensemble. La première, Down in the river to pray (Descendre dans la rivière pour prier) est une chanson traditionnelle américaine, souvent chantée lors de baptêmes en plein air dans une rivière. Mais le titre s’explique aussi de manière plus prosaïque : lorsque les esclaves s'échappaient, ils marchaient dans la rivière pour que l'eau couvre leur odeur, et que les chiens des chasseurs de primes ne les retrouvent pas…

La deuxième pièce était un arrangement vocal de la célèbre Sarabande pour clavecin de Haendel.Son adaptation pour orchestre symphonique est une des plus célèbres musiques de film de l'histoire du cinéma dans  Barry Lyndon de Stanley Kubrick. L’arrangement vocal à trois voix, plus récent,  est insolite et drôle par l’emploi continu d’onomatopées.

La troisième pièce était la célèbre chanson You say de Lauren Daigle. Née en Louisiane en 1991, Lauren Daigle évolue depuis toujours dans le riche univers musical propre à la Nouvelle Orléans. A la suite d’une maladie, elle est déscolarisée et se tourne vers le chant. Elle devient même la voix principale de la chorale de son église. Influencée par les rythmes du gospel, du blues et de la soul, c’est durant cette période de l’adolescence que la chanteuse s’épanouit pleinement musicalement. La direction de cette pièce bien maîtrisée par Guillaume Leenhardt, professeur de mathématiques, fut une belle performance.

Mais le moment fort de l’audition était incontestablement la venue d’un groupe d’étudiants du Conservatoire sous la direction de leur professeur Pierre Bassery. Léane Berthaud, Alice Chakroun, Rami Leenhardt étaient au trombone et Noam Leenhardt à l’euphonium. Quel régal de les entendre jouer le double concerto de Vivaldi et, qui plus est, entre les murs d’une salle de classe ! A la demande de leur professeur,  les étudiants expliquèrent au public la technique permettant d’émettre des sons avec  ce genre d’instruments.

La transmission est au cœur du métier de l’enseignant, nul n’en disconviendra.  Pourquoi alors ne pas transmettre aux élèves le meilleur de notre héritage culturel ? La Ballade des Dames du Temps Jadis de François Villon est un joyau de la poésie française. La mélodie composée  par Brassens est simple, dépouillée et met la ballade admirablement en valeur. Avant d’apprendre à la chanter, les élèves ont longuement étudié le poème et se sont imprégnés de sa profonde dimension humaine et historique.

Cette première audition de « musiques vivantes » de l’année scolaire se concluait par la pièce Peace I leave with you, canon de Mozart arrangé par le compositeur Donald Moore. Les paroles  sont celles du célèbre  verset de l’Evangile de Jean : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix… ». A propos de la musique de Mozart,  un théologien célèbre a dit  un jour:  « Je ne suis pas sûr que les anges, lorsqu’ils sont en train de glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach ; je suis certain, en revanche, que lorsqu’ils sont entre eux, ils jouent du Mozart, et que Dieu aime alors tout particulièrement les entendre. » Les élèves de quatrième cinq ne sont certes pas des anges (et c’est heureux), mais ils ont accompli une belle performance : nous introduire à leur manière dans un temps de douceur, de réconciliation et de joie.

M. Wilhelm COILLET-MATILLON, professeur d'éducation musicale

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