Institution Notre Dame

Etablissement catholique d’enseignement ouvert à tous

Musiques vivantes

André Malraux aimait à dire que « la culture était l’héritage de la noblesse du monde ».Bel aphorisme que les auditions « Musiques Vivantes » de l’Institution Notre-Dame voudraient confirmer à leur manière  

Vendredi 13 mars en salle de musique, aux alentours de treize heures. Zoé, élève de cinquième deux, nous présente Stella Splendens, extrait du Livre Vermeil de Montserrat. Non loin de Barcelone sur le massif montagneux de Montserrat est nichée une abbaye. Cette abbaye abrite le sanctuaire de la Vierge de Montserrat, patronne de la Catalogne. Mais on y trouve également un manuscrit du XIV° siècle d’une valeur inestimable: le Livre Vermeil de Montserrat, « Vermeil » du fait de sa couverture de velours rouge. Les cantiques qu’il contient sont souvent proches de la musique traditionnelle du Moyen-Age et rédigés en catalan, occitan ou latin… les pèlerins chantaient ces cantiques pendant la nuit pour rester éveillés jusqu’à l’office de matines.  

Deux élèves de la classe, Ethan et Mohamed, ont imaginé -sous la direction de leur professeur de français Madame Darnaud-un dialogue entre deux de ces pèlerins arrivant à l’abbaye.  

En voici un extrait :

  • « Regarde ! J’aperçois l’abbaye !  
  • Moi aussi je peux la voir !  
  • Notre voyage n’a pas été inutile et nous avons réussi ! Nous sommes arrivés à destination !  Je suis épuisé par ce long et difficile périple mais je suis tellement heureux… nous allons enfin pouvoir recevoir la bénédiction de la Vierge ! »(...)

Les paroles du cantique Stella Splendens,chanté par la classe de cinquième deux,comparent la Vierge Marie à une étoile resplendissante sur la montagne qui, telle un rayon de soleil, exauce les prières de son peuple.Les mélodies parfois en polyphonie- sont simples et pleines d’allégresse. Les solos -interprétés par les deux « pèlerins »s’élancent joyeusement vers l’aigu.

Josselin souligne le changement d’atmosphère complet au chant suivant, « Gastibelza, l’homme à la carabine », sur un poème de Victor Hugo. Qui est ce GastibelzaUn originalUn rebelle ? Voire même un brigand ? Difficile de répondre. Toujours est-il qu’il chante en s’accompagnant de la guitare, avec sur la tête un chapeau à larges bordsPourquoi chante-t-il ? Il est amoureux d’une jeune femme, Doña Sabine. Il en est tellement amoureux que les paroles de son chant tournent parfois au délirePour lui Doña Sabine est plus belle que la Reine d’Espagne traversant le Pont de Tolède! Plus belle encore que Cléopâtre menant César, empereur d’Allemagne, par le licou ! Si César a bel et bien été amoureux de Cléopâtre, il n’a jamais été empereur d’Allemagne. Et l'on imagine mal la Reine d’Egypte menant par le licou le général romain. Décidément ce malheureux Gastibelza a perdu la tête…Georges Brassens traduit avec finesse cette exaltation proche de la folieLa mélodie se répète obstinément à chaque vers pour culminer sur cette plainte : « Le vent qui vient à travers la montagne me rendra fou ! ». 

Mais troquons la carabine pour un instrument plus pacifique le basson !  Ijéoma Smart est élève à l’Institution mais aussi au conservatoire de Valence. Elle a accepté de nous faire entendre son instrument en interprétant Promenadepièce pour basson et piano de Frédéric Unterfinger. Tout le monde a en mémoire le basson imitant le grand-père dans Pierre et le loup de Prokofiev : un instrument bougonnant et un peu caustique. Rien de tel dans Promenade: des harmonies suaves en style « jazzy » enveloppent une mélodie joviale et plutôt nonchalante 

Pour continuer dans la sérénité, Nina, élève de la classe de troisième unnous présente deux pièces de chant choral: Kyrie(chanté par la classe de troisième un) puis Agnus Dei (chanté par la chorale du Lycée) sous la direction de Guillaume Leenhardt, professeur de mathématiques.  Ces deux pièces sont extraites de Little Jazz Mass, composition de Bob Chilcott.  Nina nous donne quelques éléments biographiques du compositeur(bravo pour l’accent, Nina !).Bob Chilcott est né à Plymouth en 1955.Dans sa jeunesse, il a chanté dans le chœur du King's College de Cambridge. Il a ensuite été membre des King's Singers de 1985 à 1997, puis chef du chœur du Royal College of Music à Londres pendant sept ans, principal chef invité des BBC Singers. Il est aussi un compositeur prolifique, avec une œuvre de plus de deux cent compositions, l'immense majorité étant pour chœur. A Little Jazz Mass a été écrite pour le New OrleansChildren’s Chorus. La vitalité de cette musique, la beauté de son écriture sont unanimement reconnues. 

Le Silence de la Mer, célèbre nouvelle de Vercors, offre des perspectives pédagogiques intéressantes pour un cours de français. L’écrivain a été mobilisé à Mours-Saint-Eusèbe (près de Romanspendant la Seconde Guerre Mondiale, puis il s’est engagé dans la Résistance. La nouvelle raconte la résistance d’une famille à l’officier allemand qu’elle a été obligée de loger. L’officier, Werner Von Ebrennacest musicien et épris de culture française.  

Mais quel rapport avec la musique ? 

Sous la direction de leur professeur de français Madame Plantier, deux élèves de troisième six, Léontine et Meryam, se sont lancées dans le projet de lire en musique des extraits de la nouvelle en publicCette lecture serait accompagnéen effet du piano. La musique choisie devait mettre en valeur les idées exprimées par le texte. Par exemple lorsque Werner Von Ebrennac évoque le patriotisme de son père, il précise aussi que ce dernier aimait la France et qu’il rêvait que les deux pays soient unis « comme mari et femme ».Quoi de plus naturel, alors, que de choisir une danse instrumentale (une Allemande)extraite d’une des Suites Françaises de Jean-Sébastien Bach ? Le style ornementé français s’unissant à la rigueur de la forme allemande… « comme mari et femme », pour reprendre l’expression du père de l’officier. 

Autre exemple. Après une absence, Werner Von Ebrennac apprend à ses hôtes qu’il a demandé à rejoindre une division sur le front de l’Est. Il ajoute ces mots terribles : « Pour l’enfer ». Le visage de la nièce devient alors « d’unepâleur lunaire », « des  perles de sueur jaillissent à la limite du front et de la chevelure ». La musique doit suggérer  la force des sentimentsLa pièce choisie fut une Sarabande de Jean-Sébastien Bach, d’une tranquillité apparente mais très expressivePar une sorte de litote musicale, c’est toute « la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent» que les élèves –puis les auditeursétaient appelés à discerner.

Ce moment de lecture en musique trouva son épilogue naturel dans l’interprétation par Naëlle, élève de Terminale, du troisième mouvement de la Sonate dix-sept « La Tempête » de Beethoven. Naëlle nous présenta le mouvement en précisant que le compositeur aurait conseillé à ses auditeurs de lire La Tempête de William Shakespeare pour réellement comprendre sa musique…  Le mouvement perpétuel et quasi hypnotique du mouvement impressionna le public.

Mais il fallait conclure sur une note plus joyeuse !  Les élèves de la classe de troisième-et Guillaume Leenhardt à la trompette- reviennent sur scène pour interpréter la célèbre chanson « Les Copains d’abord » de Georges Brassens. Marius fait appel à notre imagination en évoquant un paysage cher à Georges Brassens : les eaux bleutées de l’étang de Thau avec, au fond, la silhouette du Mont Saint-Clair.L’audition se terminera donc sur une belle leçon d’amitié : « Des bateaux,  j'en ai pris beaucoup, mais le seul qui ait tenu le coup, qui n'ait jamais viré de bord, mais viré de bord, naviguait en père peinard sur la grand-mare des canards, et s'app’lait les Copains d'abord,Les Copains d'abord ».

Wilhelm COILLET-MATILLON

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