Institution Notre Dame

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Sortie à Lyon

15ème BIENNALE d'ART CONTEMPORAIN

"Là où les eaux se mêlent"

Dans le cadre des cours de Sciences et d'Arts Plastiques, une sortie scolaire a eu lieu le jeudi 10 octobre à la 15ème biennale d'art contemporain. Les classes de terminale L. et de spécialité Arts Plastiques en première ainsi que les lycéens de l'option facultative Arts Plastiques en seconde, première et terminale ont pu bénéficier de cette sortie entièrement gratuite car, elle a fait l'objet d'un dossier déposé et présenté à la région Auvergne Rhône-Alpes, le PASS Région leur permettant de s'acquitter des droits de visite (le crédit consacré à la culture étant illimité). La journée fut divisée entre le Musée d'Art Contemporain et les usines Fagor-Brandt avec comme fil directeur : quand l'organique devient inorganique.

Cette année, la manifestation d'art contemporain s'intitule "Là où les eaux se mêlent". Située entre deux fleuves (le Rhône et la Saône), à deux pas de la vallée de la chimie, la ville s'avère le berceau de l'industrie. On le sait, rien ne résiste à l'eau, source de vie et moteur d'économie pour la ville, mais aussi force destructrice qui amalgame liquides usés, pollutions industrielles et déjections.

Pour la première fois, la biennale investit les anciennes usines Fagor, qui produisaient autrefois de l'électroménager : soit 29 000 m²de friches au cœur du quartier de Gerland dans le VIIème arrondissement. Cette usine, fleuron de l'industrie lyonnaise durant près de soixante ans, a connu un glorieux passé avant de tomber en désuétude. En 2015, effectivement, la production a dû être délocalisée en Pologne laissant derrière elle des centaines d'ouvriers sans travail. Le site porte donc encore les stigmates de son passé industriel : des rails et des poulies qui quadrillent l'espace des bâtiments, des câbles enchevêtrés, des sols suintants et des plafonds rouillés, des postes de commande ou des panneaux de signalisation. Tout témoigne de l'usage passé de ce lieu, les murs graffés, eux, de son abandon récent.

La 15ème biennale tente ainsi de répondre au scénario de la désindustrialisation avec une production artistique in situ c'est-à-dire que quasiment toutes les œuvres ont été réalisées sur place. Il est sûr que lorsque les artistes invités longtemps en amont à l'exposition ont visité ces espaces désertés par les ouvriers et les machines, ils ont su rapidement en saisir tout le potentiel. Portés par l'esprit du lieu, ils ont su inscrire leurs œuvres dans ce patrimoine industriel s'interrogeant sur le capitalisme à outrance chacun à leur façon.

Ainsi, l'inquiétude face à un trop plein de matières polluantes traverse les créations mais aussi, face à des flux géographiques, politiques et économiques :

  • Suspendu à des poulies, un enchevêtrement de matières blanches et visqueuses dégouline du plafond comme un énorme bouchon graisseux de lavabo ;
  • L'immense tête foreuse d'un tunnelier de 230 tonnes abrite une prolifération de déchets à la manière d'une végétation parasite, sauvage et envahissante ;
  • Les tuyaux censés gérés la circulation des flux sont obstrués par des matières qui se sont agglomérées et sédimentées ;
  • L'ancienne cuisine des usines a été recouverte de 400 kg de cristaux de sel en perpétuelle croissance qui se développent pendant la durée de la biennale. Cette œuvre évolutive et autonome (transformation de la matière – incessants changements) fige pour l'éternité ce lieu abandonné et déserté subitement par les ouvriers. Les lycéens sont rentrés dans un monde complètement blanc aux reflets bleutés obtenus par électrolyse (magie – poésie – délicatesse – pureté : le sel nettoie, purifie et régénère). Ce paysage minéral questionne la toxicité du site et la mémoire des usines fermées brutalement ;
  • Un grand livre ouvert retourné comme une toile de tente semble vomir ses pages à terre. Ce sont les pages d'un livre que l'on ne peut pas lire : elles sont vides et témoignent de la censure à Cuba. Elles rendent visibles ce qui est invisible : un grand-père emprisonné pour un carnet de poésie qui était aussi son journal intime ;
  • Une source d'eau chaude phosphorescente à 20° serpente avec une sphère réfléchissante qui va et vient. C'est l'évocation de la machine à laver fabriquée par les usines mais aussi, des frontières infranchissables, des flux migratoires et géographiques. Les lycéens se sont retrouvés au centre de l'installation encerclés et isolés par l'eau qui ressemble à de la lave en fusion ;
  • Des corps aux genres hybrides s'emmêlent sens dessus dessous renvoyant aux tensions qui marquent notre époque sur la question des genres et des identités ;
  • D'énormes buses, vestiges du site en démolition constituent des sortes de grottes ornées de peintures traditionnelles à la feuille d'or. Une fois dedans, les élèves s'imagent étonnamment sous terre dans des refuges de civilisations appartenant au passé ayant repoussés dans des ruines de civilisations appartenant au présent ;
  • Un gigantesque et extraordinaire laboratoire composé de cuves en verre remplies de liquides inconnus, reliées entre elles par des câbles, nourrissent une sculpture en marbre représentant Prométhée : figure de la mythologie grecque qui aurait dérobé le feu sacré de l'Olympe pour le donner aux hommes. Mais, Zeus le condamna à être ligoté à un rocher, son foie éternellement dévoré par l'aigle du Caucase chaque jour et repoussant la nuit. Des tuyaux fixés dans plusieurs orifices de la statue permettent à des bactéries mangeuses de pierre d'attaquer les entrailles de Prométhée. Dans l'une des cuves, des cellules hépatiques humaines (hépatocytes) sont nourries de ces bactéries dans le but d'obtenir un foie artificiel lui permettant de survivre. Elle va donc se détériorer au fil de la biennale évoquant les restes d'une civilisation rongée par la pollution ;
  • Du savon liquide à même le sol, qui s'approprie l'espace sans aucune délimitation, semble vivant en s'étalant de manière aléatoire.

Les élèves ont la parole :

Mathilde : j'ai plus apprécié le MAC car, les œuvres me parlaient davantage :je comprenais mieux la démarche des artistes.

Matys : certains artistes ont appris de façon autodidacte et sont parvenus à des résultats impressionnants.

Alice & Lucie : nous avons préféré les usines Fagor, les œuvres exposées étant plus nombreuses, plus diversifiées et beaucoup plus impressionnantes et spectaculaires.

Léa : plus recherchée ;

Lou et Matys : parfois dérangeantes ;

Jodie : intéressantes et inédites ;

Mathieu et Maya : insolites et déroutantes car, certaines œuvres paraissaient vivantes ;

Saya : originales, intrigantes et insensées ;

Kaéna : plus accessibles que le MAC ;

Camille : atypiques ;

Antoine : l'environnement contrastait vraiment avec l'ambiance classique et conventionnelle du MAC ;

Luna : cela permettait de contourner la rigueur habituelle d'un musée ;

Clémentine : le lien avec le thème « Là où les eaux se mêlent » se justifiait davantage qu'au MAC.

 

La biennale d'Art Contemporain nous a permis d'apprendre grâce aux médiations et aux cartels qui renseignaient les œuvres d'art. Elle nous a amené à réfléchir au sens des œuvres et au rôle des artistes dans la société : l'art pouvant transmettre tout ce que l'on veut exprimer. Elle nous a aidé à découvrir de nouveaux artistes et de nouvelles techniques : une œuvre peut avoir une évolution et n'est pas forcément pareille du début à la fin d'une manifestation, l'observation peut être intéressante. Elle nous a permis de constater que l'on peut faire de l'art ailleurs que dans les musées et que l'on peut ré-utiliser des friches industrielles à bon escient.

Ce n'est pas toujours évident de comprendre ce que les artistes ont conçus. Les œuvres peuvent rester implicites mais grâce aux médiatrices qui nous ont été d'une grande aide, nous parvenons à mieux cerner leur démarche. Néanmoins, l'art contemporain est souvent difficile à appréhender car, il y a une signification derrière chaque œuvre qu'on ne peut pas toujours imaginer sans explication.

Mais, le manque d'explication de la part des artistes peut être enrichissant dans la mesure où il oblige à développer son sens critique et son interprétation personnelle. Il ne faut pas se contenter de ce que l'on voit, il faut réfléchir et ne pas ignorer ce qui est sous-entendu.

La biennale nous a permis de sortir de notre zone de confort ce qui ne peut être que bénéfique d'être confronté à ce que l'on ne connaît pas. Elle nous a incité à nous questionner sur les intentions des artistes et à formuler des problématiques :

  • Comment l'artiste croise- t-’il arts et sciences ?
  • En quoi les organismes vivants peuvent-ils participer au processus de transformation de la matière ?
  • Comment le vivant peut-il servir l'art ?
  • De quelles façons donner forme à la matière ?
  • En quoi la transformation de la matière permet elle l'observation du réel ?
  • Comment l’œuvre peut-elle être une conséquence de la transformation de la matière ?
  • À quel moment la corrélation art et science peut-elle se révéler surprenante ?
  • Comment les propriétés de la matière et des matériaux peuvent-ils servir un projet ?

En tout cas, nous avons apprécié d'en comprendre le sens et elle nous a permis de porter un regard différent, de voir l'art sous un autre angle, d'être beaucoup plus réceptif et impliqué face aux œuvres.

Mme FARESSE, professeur d'arts plastiques

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